Du Ghetto à la solution finale

A partir de 1919, les déclarations d'Adolf Hitler sont sans équivoque: les menaces d'élimination des juifs sont clairement énoncées, même si le sort final de ceux-ci n'est pas précisé. cette indétermination explique que les élites intellectuelles comme l'opinion publique et les dirigeants politiques  des nations démocratiques aient prêté peu d'attention à cette croisade antijuive. Pourtant l'antisémitisme populaire et d'Etat  est présent en Allemagne. Hitler se saisit de ces racines historiques qu'il transforme en véritable destin allemand, forgeant le millénarisme nazi, idéologie qui place en son coeur la destruction des Juifs. Cet objectif domine tous les autres et finit par déterminer le cours de la guerre elle-même qui ne vise bientôt plus la conquête des espaces du IIIe Reich, mais à une course contre la montre pour accomplir l'extermination de l'ensemble des Juifs d'Europe, décidée à la conférence de Wannsee.

Les Juifs sont d'abord exclus économiquement et socialement, par une série de lois (abrogation de l'égalité en droit, perte de la qualité de citoyen, recensement, obligation de porter l'étoile de David en septembre 1941...). Un projet, avorté à la fin des années 30, avait pour objectif de rassembler 650 000 juifs sur l'île de Madagascar .Dés 1941, des opérations décident de leur anéantissement: pogroms, tuerie des Einsatzgruppen, enfermement dans les ghettos et création des premiers camps. L'année 1941 se révèle décisive dans la destruction des Juifs d'Europe: la conférence de Wannsee, le 20 janvier 1942, ne fait qu'avaliser un principe et un processus déjà bien engagé. Hitler, lors de la conférence, indique de "prendre toutes les mesures nécessaires, qu'il s'agisse de l'organisation, de la mise en oeuvre,  et des moyens matériels usités, pour obtenir la solution totale de la question juive dans la zone d'influence allemande en Europe". A la mi-août, le SS Himmler doit imaginer un modèle de destruction de masse des juifs fondée sur l'excellence technique de l'industrie allemande (IG-Fraben). 

Ainsi, le choix de la mise à mort industrielle, au moyen d'unités combinées chambre à gaz et fours crématoires s'impose dés cette époque après une phase d'expérimentation, dont celle menée à Auschwitz. La solution finale, pensée par Himmler, est conduite par des institutions créées à cette fin, dont le Referat IV B4 pour les affaires juives. La solution finale n'est rendu possible que par la mobilisation de tout l'appareil d'Etat allemand et des pays vassaux, la passivité ou la complicité des populations et la généralisation d'une culture de violences extrêmes.  Auschwitz - Birkenau devient le principal centre de mise à mort (1,1 millions de victimes sur 1,3 déportés) couplé à un camp de travail destiné à la main d'oeuvre du complexe militaro-industriel. Himmler s'y rend en 1942 afin de décider l'installation des unités combinées, chargées de l'élimination immédiate des déportés sélectionnés à l'arrivée des convois ferroviaires. A la fin de la guerre, les camps sont peu à peu vidés de l'essentiel des déportés contrains à d'effroyables "marches de la mort". Le 27 janvier 1945, les soviétiques parviennent au camp d'Auschwitz; apparaît alors ce que les nazis ont tenté de dissimuler en dynamitant les chambres à gaz de Birkenau: un système industriel de destruction humaine. 

Documentation photographique, p. 28
Documentation photographique, p. 28

L'organisation technicienne de l'anéantissement

"Ces camps concentration sont pensés comme une étonnante et complexe machine d'expiation où les condamnés vont à la mort avec une lenteur calculée pour que leur déchéance physique et morale, les rende enfin conscients qu'ils sont maudits. Le camp d'extermination, quant à lui, est l'organisation purement technique destinée à la disparition sans trace de l'être physique et dont les opérations s'apparentent aux méthodes de production complexe des usines modernes. ces camps ont engendré la disparition  de près de 3 millions de personnes. Chelmno est le centre expérimental, copié ensuite à Sobibor ou Treblinka. trois éléments sont essentiels dans la réussite de ce programme: le secret autour de sa conduite, l'intégration des fonctionnaires à la procédure de mise à mort, implication d'une fraction des victimes. La volonté de garder le secret engendre une rapidité dans la mise en place du plan d'extermination (train de 5000 juifs transite quotidiennement entre Varsovie et Treblinka). on met aussi en place un langage codé pour parler des camps: les chambres à gaz sont appelées "installations spéciales", la mise à mort est intitulée " traitement spécial" ou "désinfection". le secret se vérifie aussi dans la loi du silence imposée au personnel du camp. cela n'empêche cependant pas les rumeurs au sein des sociétés environnantes. Mais l'entreprise de camouflage la plus terrifiante reste l'action psychologique menée à l'encontre des victimes leurrées jusqu'à l'entrée de la mort: anodins panneaux de correspondance ferroviaire à l'arrivée, orchestre d'accueil sur la rampe, discours rassurants sur la construction d'un futur Etat juif, bureau d'objets de valeur, patères de vêtement numérotées, panneaux indicateurs des douches, conduite par sexes séparés, promesse de soupe, pommeaux de douche factices, pots de fleur sur les marches d'accès à la chambre à gaz, étoile de David sur le fronton, voiture de La Croix-Rouge livrant des paquets de Zyklon..."

BRUNETEAU Bernard, Les totalitarismes, Paris, Armand Colin, 2014.

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